Pour la défense du prince Hubalajad

De La Grande Bibliotheque de Tamriel
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Date de publication : 04/02/2016
Média d'origine : Archives du maître du savoir



Si vous possédez de quelconques connaissances sur l'histoire yokudane, vous avez sûrement conscience du rôle joué, ou pas joué, par le prince Hubalajad dans les premiers jours qui suivirent la colonisation Ra Gada. Nous avons conservé le « prince des Cognées » comme une figure comique, et échangeons les anecdotes sur son approche obstinée de problèmes impossibles. Nous raillons même son opulence agressive. Un temple de Zeht est inondé en signe de mécontentement du dieu ? Construisons-en un autre plus extravagant encore en aval ! À Taneth, l'expression la plus couramment utilisée pour un gâchis d'argent et « poser des fondations avec l'argent d'Hubalajad. »

Et pourtant, que sait-on vraiment du Prince Malchanceux ? Les seules références dont nous disposons sont au mieux des documents de troisième main. Les nombreux récits apocryphes brouillent la question et nous entraînent de plus en plus loin de la vérité de cet homme. Nous devons donc nous tourner vers son pays lui-même pour en tirer nos propres conclusions. Et si, l'espace d'un instant, nous abordions sans préjugé ce que l'on qualifie si souvent d'échecs ?

Nous savons qu'Hubalajad a dû arriver dans la terre aride que l'on appelait à l'époque « Botte de Khefrem » avec un grand nombre de soldats et d'artisans. Faute de carrières locales et d'itinéraire terrestres vers le nord, ils durent importer une grande quantité de pierre de taille par voie marine. Le port naturellement protégé qui deviendrait le débarcadère d'Abah fut sans l'ombre d'un doute leur première escale. Un flux régulier de barges chargées allait forcément tenter les pirates, aussi Hubalajad dut-il avant tout bâtir la citadelle No Shira, une imposante forteresse en surplomb de l'Abécéenne.

No Shira fut bientôt accablée de crues saisonnières. Hubalajad demanda son intercession à Zeht en lui érigeant un temple. Lorsque la crue suivante emporta ledit temple, il ordonna la construction d'un second, encore plus grandiose. Mais en examinant la maçonnerie du deuxième, on se rend compte qu'il était en fait en amont du premier. Cela montre que « l'entêtement du prince des Cognées » n'est en fait que de la détermination. Demander l'aide du dieu yokudan de l'agriculture n'est pas l'acte d'un homme arrogant ou irréfléchi.

Pendant ce temps, le débarcadère d'Abah se transformait, et le camp militaire entouré d'un bidonville devenait une grande ville. Malgré les épreuves de cette vie sauvage, Hubalajad construisit un palais grandiose, pour montrer que cette terre était la sienne et qu'il voulait la faire prospérer autant que ses habitants. La pierre fut employée à ériger les grandes murailles du débarcadère d'Abah, preuve que ce qu'abritait la ville méritait autant de protection que les navires yokudans.

L'espace d'un instant, je vous demande d'oublier la multitude de tombeaux, les imposantes Portes du Prince qui ouvraient un passage nord vers le territoire Ra Gada, et la statue yokudane au sud du port du débarcadère d'Abah, que l'on prend généralement à tort pour une idéalisation du prince Hubalajad en personne. L'acte même de construire à la fois une citadelle et une ville fortifiée, avec les mêmes ressources, nécessite un sens aigu de la logistique. Si ce n'était pas l'œuvre d'Hubalajad seul, alors il savait au moins s'entourer de gens capables. Ce qui ne ressemble pas à un bouffon égaré.

La dimension des revers subis par Hubalajad ne justifie pas, du moins à mon avis, les légendes de folie qui circulent à son sujet. S'agit-il d'une campagne de dénigrement initiée par des rivaux jaloux, affolés par les ressources qu'il consacrait à une terre inhospitalière ? Une réputation ternie parce qu'il n'avait pas reconnu que son demi-oncle était un nécromancien ? A-t-il attiré la colère d'un dieu yokudan ou d'un prince Daedra ? Nous ne le saurons sans doute jamais, mais il faut garder une chose à l'esprit au sujet d'Hubalajad : avant son arrivée, ni Homme ni Mer n'avait laissé son empreinte sur cette terre. De nos jours, les seuls bâtiments qui ont supporté ces deux mille années furent ceux érigés par le « Prince des Cognées. »