Nouveau guide impérial de Tamriel/Val-Boisé

De La Grande Bibliotheque de Tamriel
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Sceau du "Pacte vert" des Elfes des bois

Val-Boisé
Les Elfes des bois du Domaine Aldmeri




C
ontrairement à leurs frères altmers et dunmers, les Bosmers font preuve d'une attitude presque affable à certains égards. Les diplomates impériaux comparent parfois cette jovialité à la griserie que peut ressentir celui qui prend du vertgrain pour la première fois. Cependant, il serait malheureux d'assimiler hâtivement ces individus à des Argoniens sous l'emprise du skouma. Redoutables combattants avec une propension pour le banditisme, ces habitants des forêts doivent être approchés avec prudence, voire respect.

La race des Bosmers est gouvernée (si l'on peut parler de gouvernement dans une hégémonie aussi laxiste) par l'aristocratique dynastie Camoran, mais leurs tribus désorganisées ne semblent soumises à aucune autorité concrète. Seuls les clans, matrilinéaires de nature, ont une structure un peu plus stricte. Ils sont dirigés par un sylve-thane, ou chef de tribu, mais leur rôle se limite principalement à servir de protection en temps de guerre. Le véritable pouvoir est détenu par les prêtres d'Y'ffre, la divinité de la forêt. Ces prêtres, nommés Tisseurs, veillent au respect du Pacte vert, un étrange code de conduite imposant aux Bosmers un régime Carnivore et interdisant strictement l'utilisation de végétation vivante.

Les Elfes de bois sont loin d'être de paisibles nymphes sylvestres. Lorsqu'ils partent en guerre, ce n'est pas pour conquérir des terres ou s'emparer de précieuses ressources, mais pour le sport. À moins que Val-Boisé soit directement menacé, les Bosmers estiment qu'il est inutile de faire des victimes ; avant les pillages, certains parient même sur le nombre d'objets de valeur qu'ils pourront voler sans effusion de sang. Cependant, ils excellent dans l'art du tir à l'arc lorsque la situation l'exige. Les jeunes suivent un entraînement intensif pour apprendre à utiliser aussi bien la distance que la vitesse à leur avantage. Si vous traversez les bois aux alentours d'Arenthia, faites attention à votre sacoche et signalez tout brigand bosmer à la garde locale.



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Le coeur sombre et humide du Val-Boisé : les épaisses forêts des Bosmers.

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Totems des Maormers, ornés du serpent de mer

On m'a fait monter comme une vulgaire fripouille à bord du premier bateau quittant Prime-Tenure, mais par chance, le Héron nocturne faisait route vers Malabal Tor. Les autres passagers étaient pour la plupart des marchands acariâtres et mon permis de passage ne m'a pas plus servi que s'il avait été écrit en langue draconique. Un autre déporté du nom de Borongothlor m'a indiqué notre destination : le port altmer de Velyn, sur la Côte stridente de Val-Boisé.

Nous sommes arrivés sans fanfare. L'administrateur des quais, un individu à l'air suffisant, était en train de lire mon ordre de déportation quand soudain, Borongothlor s'est écrié : « Par la peau d'Hircine ! Une escadre de Maormers ! » Ce n'était pas une ruse : les Elfes marins envahissaient réellement le port et certains avaient même déjà abordé notre bateau. Les gardes ont saisi leurs arcs à la hâte et un combat acharné a éclaté .

Les assaillants aux yeux vides et à la peau incolore attaquaient sous le signe du serpent de mer, conjurant ce reptile en plein combat. Il ne leur a fallu que quelques instants pour submerger l'équipage du navire. L'administrateur a soudain lâché mes papiers pour s'agripper la tête, puis il est tombé de l'embarcadère, une flèche plantée dans l'œil. Des centaines d'autres flèches ont assombri le ciel, forçant les gardes à s'abriter derrière de solides barricades. Lors d'une brève accalmie, j'ai vu des silhouettes jaillirent de la forêt.

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Capitaine des Elfes marins

Les Elfes des bois sont intervenus pour aider leurs frères altmers à repousser les assaillants. On remarque un contraste intéressant entre les Mer de l'océan et ceux des bois : les Maormers utilisent un équipement sophistiqué digne des Hauts-elfes et leurs marins revêtus d'armures intermédiaires font preuve d'une discipline impressionnante, mais fasse à l'agressivité mêlée d'allégresse des Bosmers et à leur virtuosité au tir à l'arc, les Elfes marins ont vite perdu courage et se sont repliés.

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Sylve-thane bosmer en tenue de combat

Je m'étais prudemment caché dans une chaloupe pendant l'assaut. Quand j'ai osé soulever la bâche pour observer la situation, j'ai assisté à un affrontement farouche sur le quai : une sylve-thane bosmer s'était interposée entre un commandant maormer et son objectif, se jetant sur lui avec son épée à poignée d'os.

L'Elfe marin a réussi à parer l'attaque avec une force remarquable, forçant la sylve-thane a reculé. Esquivant facilement son adversaire en armure lourde, elle s'est écriée «  Par les os d'Yffre ! » Et lui a enfoncé son poignard dans le bras en riant. Elle s'est retournée immédiatement avec une dextérité brutale, puis son épée s'est abattue sur le cou du Maormer.

La tête tranchée du commandant est passée à quelques centimètres de la mienne et son corps s'est effondré, tombant dans l'eau auprès du Héron nocturne. J'ai été surpris d'entendre un deuxième bruit d'éclaboussure : emportée par son élan, l'Elfe des bois avait suivi sa victime dans les eaux rougeoyantes, où elle se débattait maintenant sans la grâce dont elle avait fait preuve précédemment. Instinctivement, je lui a tendu la main pour l'aider à remonter. J'étais plus étonné qu'elle de mon acte de valeur.

Après le combat, j'ai raconté mes malheurs à ma nouvelle amie. Comme mes papiers étaient tombés avec l'officier des douanes dans la baie de Velyn, les gardes hauts-elfes ont paru reconnaissants quand Serenarth a proposé de me conduire elle-même à Vieille-Racine.

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La route menant à Vieille-Racine. Aucune surprise ici.

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Le spriggan, un esprit des bois à l'apparence féminine. Celui-ci est un spriggan automnal.

Serenarth m'a présenté à deux imposants gardiens (je me suis abstenu de leur demander où ils étaient quand on avait besoin d'eux), ainsi qu'au pisteur, au cuisinier, aux porteurs, aux chiens et aux autres membres de sa bande disparate. La caravane transportait des « biens destinés à la délégation Aldmeri » à Vieille-Racine ; c'est tout ce qu'on a bien voulu me dire et cela me suffisait amplement. Le vague sentiment de joie que j'avais ressenti en rencontrant mes nouveaux compagnons s'est rapidement estompé, car au lieu de nous engager sur une route comme je m'y attendais, nous nous sommes enfoncés dans de denses fourrés. Je me suis senti quelque peu mélancolique en pataugeant dans l'eau marécageuse ; je pourrais coller mes peintures du Marais Noir ici sans que mes imbéciles de supérieur se doutent de quoi que ce soit.

Val-Boisé est une région sombre, humide et peuplée d'affreuses créatures. Je ne parle pas des Bosmers accompagnant Serenarth, même si leur constante bonne humeur me donnait envie de les étrangler. Non, j'ai vu d'énormes tiques, nommées hoarvors, sortir d'une tanière de feuilles et finir empalées sur la lance d'un Elfe des bois avant qu'elles puissent sucer mon sang. De sinistres spriggans, des êtres végétaux dotés étonnamment de poitrines, nous observaient depuis des clairières sacrées, d'après ce que m'a dit Serenarth.



L
es éclaireurs qui tentent d'explorer les forêts denses et infestées de Val-Boisé doivent garder à l'esprit que les couteaux tranchants et les instruments servant à couper les broussailles sont vus d'un mauvais œil par les cousins primitifs des Altmers. Tout contrevenant s'expose à des représailles. Cependant, les Elfes des bois ne sont pas la seule source de préoccupation pour les explorateurs ou voyageurs impériaux, car les forêts sont peuplées de dangereuses créatures. Ces trois-là sont les plus redoutables : hoarvor, étrangleur et spriggan.

L'hoarvor se cache généralement dans le feuillage dense des recoins les plus humides de la forêt. Cette tique géante, dont la taille peut éclipser celle d'un gros chien, insère ses ignobles mandibules dans les mammifères endormis et se gorge de leur sang. Même la flore de Val-Boisé a des penchants carnivores. Méfiez-vous de l'étrangleur, une plante qui attire ses proies avec la promesse d'un doux nectar nommé strangsève. Cette substance paralyse les petits animaux, qui connaissent ensuite une mort lente et particulièrement désagréable. Si vous ramassez des champignons dans les bois, faites attention aux spriggans, esprits gardiens qui utilisent la magie et peuvent infliger de terribles blessures avec leurs branches ressemblant à des bras. Leur affinité avec la forêt entière leur permet également d'envoyer des créatures plus primitives attaquer les intrus comme des chiens de garde.



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Les appendices dentelés et la bouche béante de l'étrangleur carnivore.

Formidable, me voilà encore dans un campement humide à les écouter chanter des chansons idiotes sur « les os d'Yffre ». Je commence à croire que Mannimarco contrôle mon destin et joue avec moi dans cette maudite forêt. La cuisine de mes compagnons à autant de saveur qu'une botte d'Orque ; les conserves d'écureuil ne risquent pas d'être la nouvelle sensation culinaire à Bravil. Et l'ours surprise ? La seule « surprise », c'est que mon estomac a réussi à digérer une viande aussi coriace et salée.

Nos interactions avec la nature ne m'ont pas non plus rempli de joie. Un buisson a soudain pris vie quand l'un des chiens s'est approché de lui, tentant d'attirer l'animal jusqu'à sa bouche avec ses membres tentaculaires. Les Elfes ont suspendu temporairement le Pacte vert pour libérer leur animal. Au moins, cette plante étrangleuse ne pouvait pas nous poursuivre, contrairement aux vasards sur lesquels nous tombions à chaque traversée de ruisseau ou de marais. Le claquement de leurs pinces et les craquements de leur carapace m'irritaient encore plus. Qu'est-ce que je n'aurais pas donné pour avoir un sort me transportant directement à Vieille-Racine !

Le vasard du sud, ou rufous. Qui aime ces bestioles ?

Les créatures de Val-Boisé nous ont ennuyé tout le long du chemin, mais ce n'est qu'en arrivant à une cascade que mes guides m'ont demandée de ralentir. Sous la chute se trouvait une nymphe à la beauté éblouissante, qui se baignait en riant dans l'air humide. On m'a appris plus tard qu'il s'agissait d'une néréïde, sans aucun rapport avec les esprits de Hauteroche. J'ai essayé de m'approcher pour l'examiner de plus près, mais l'un des gardes du corps m'a barré le passage et m'a demandé de faire mes croquis de loin.



C
omme les Elfes des bois adhèrent strictement au Pacte vert, nombre d'entre eux préfèrent les armes et armures importées de provinces sans conventions ridicules. Difficile de travailler le métal quand on dispose uniquement de charbon et de tourbe pour alimenter les forges. Il ne leur reste que les minéraux et les matières animales récupérées dans la forêt avant que les dépouilles soient gâtées par la moisissure et les insectes. Ils emploient l'alchimie pour raffermir des résines spécifiques, qui sont sculptées de manière semblable au verre des Altmers. Ils utilisent également des os pour les poignées de haches, des carapaces pour les boucliers, du cuir et d'autres matériaux aux usages multiples.

Ils font également bouillir les peaux dans diverses solutions pour leur donner forme et les raffermir.



Les Elfes des bois disent vénérer les arbres, mais cela ne les empêche pas de les manipuler pour former des maisons et des ponts.

Ma chanson a été chantée
Falarel murmure, il ne cesse de murmurer…
Tant de chagrin

La nuit, la ville change du tout au tout (à mes yeux, du moins). Du coin de l'œil, j'aperçois des formes sombres qui s'enfuient aussitôt. D'autres apparaissent fréquemment et ne semblent que trop réelles. Le fantôme de Falarel le bouffon sort des ombres pour me susurrer des plaisanteries dénuées d'humour : « Maître Terentius, on dirait que vous avez pris racine ici ! »

Impossible de me débarrasser de cette ombre.

Je ne trouve de soulagement que dans la boisson. Dans la communauté des Elfes des bois, l'ivresse n'est pas seulement tolérée, elle est encouragée. J'ai donc entrepris de déguster les diverses liqueurs bosmers. J'ai trouvé le rotmeth rance, la bière vespérale trop faisandée, et quand j'ai découvert que le jagga était du lait de cochon fermenté, j'étais trop ivre pour en être dérangé.

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Vieille-Racine de nuit. Les Elfes des bois cultivent des plantes luminescentes et enferment des flammouches dans des bocaux.

Me voilà obligé de prolonger mon séjour à Vieille-Racine en attendant (impatiemment) un messager impérial du Havre. Je connais Mactator Caprenius depuis qu'il est entré au service de notre famille et il s'est toujours montré ponctuel. Je continue tout de même d'espérer qu'il me sortira de Val-Boisé et me ramènera en Cyrodiil, maintenant que mon guide est presque terminé. En attendant, je passe mon temps à m'apitoyer sur mon sort et à dessiner de manière obsessionnelle. Mon insomnie me prive de sommeil et je passe mes nuits à supporter la torture verbale de Falarel : « Maître, toutes vos volailles ont été tuées. J'en ai la chair de poule ! »



U
ne province entièrement recouverte de bois où aucun arbre ne doit être endommagé. Le Traité de Fronde et de Feuille aurait pu ruiner les architectes bosmers, mais au contraire, les règles absurdes dont ils doivent s'accommoder leur ont permis de renforcer la qualité de leur travail. Bien que les peaux étirées sur des charpentes d'os paraissent temporaires, ces structures de taille variable sont généralement abritées dans le tronc d'arbres sacrés. On trouve cependant des maisons de bois plus traditionnelles le long des fleuves ou sur la côté, là où les marchands peuvent importer du bois de qualité sans enfreindre le Pacte vert.

Si vous osez vous aventurer au cœur de la forêt, vous tomberez peut-être sur la ville de Vieille-Racine ou Silvenar (Lieu ou personne ? Pas assez clair). Certaines de leurs habitations sont bâties au sol (généralement par d'autres races, en particulier les Altmers), mais de nombreuses maisons sont abritées dans la ramure de chênes-grahts. Ces habitants de la forêt préfèrent vivre parmi les branches, qu'ils ont entrelacées pour former des passerelles sans enfreindre les lois locales. Des ponts faits d'épaisses lianes relient des dizaines de plateformes permettant aux marchandises et aux habitants de circuler. Ces plateformes sont installées par des ouvriers vigoureux, souvent étrangers.

Os, résine et tendons sont utilisés pour la construction des ponts. Ces matériaux sont tellement demandés que les habitants des arbres peuvent se permettre de jeter leurs déchets par terre, où ils sont rapidement récupérés et recyclés. Au moins, cette coutume étrange vaut mieux que les rues jonchées de détritus de Bordeciel. Quand la lune se lève, la lumière est fournie par le lichen, la mousse et les champignons luminescents vivant au pied perpétuellement ombragé des chênes. Plus haut dans les branches, des fleurs nocturnes poussant dans l'écorce attirent des flammouches, dont les ruches remplacent le feu pour éclairer les plateformes. La capacité d'adaptation des elfes des bois leur a permis de survivre et même de prospérer en dépit de leurs rigoureuses restrictions.



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Un intérieur bosmer rustique. La lumière vient de bocaux remplis de flammouches, de bougies de suif ou de lampes brûlant de la graisse animale.

Jour ou nuit ? Je ne pourrais le dire
dans le sombre domaine du conflit, du désespoir
Arkay, arrache-moi de son emprise.
La bougie dans ma tête a été soufflée
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Oratoire des Elfes des bois. Et il est vieux ou simplement mal entretenu ? Quoi qu'il en soit, il ne m'a apporté aucun soulagement.

Les plaisanteries de Falarel sont maintenant imprégnés de menaces souvent violentes, qui visent des parties précises de ma personne. Je suis au bord du désespoir. Je ne dors plus depuis plusieurs nuits à cause de ce maudit bouffon. Il n'y aura plus d'extraits du guide impérial de Tamriel, j'ai jeté les dernières pages au feu. Que Stendarr m'accorde sa grâce, car je ne parviens plus à distinguer le jour de la nuit. Au cours de l'une des brèves absences de Falarel, je suis allé voir le prêtre, un Tisseur, et je l'ai supplié de m'aider.

Les vers s'enroulent autour de mes os

Mon ami Thorongil le Tisseur a décidé de m'emmener voir un arbre qu'Y'ffre considère comme sacré. « Ne sont-ils pas tous sacrés ? » ai-je demandé le plus sérieusement du monde. Il m'a répondu par un gloussement. Son caractère comique s'est révélé davantage quand il m'a demandé de le porter jusqu'à notre destination. J'ai tout d'abord cru qu'il plaisantait, mais il m'a expliqué que les Elfes de son rang se déplaçaient uniquement sur le dos des autres. Heureusement, mes délicates vertèbres ont été épargnées par ses serviteurs, qui l'ont conduit au pied d'un chêne aux branches épaisses planté avant la Première Ère.

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Nous nous sommes assis et je me suis mis à dessiner Thorongil en l'écoutant parler. Il m'a révélé ses pensées intérieures et ses communications avec Y'ffre, qu'il transmet ensuite aux sylves-thanes de sa tribu. « Je vous ai raconté l'histoire de mon esprit et de ses changements de perception, » a-t-il expliqué en sortant une pipe en os d'un petit sac. « Maintenant, nous allons altérer notre compréhension du monde physique en inhalant des insectes séchés. » Si cela faisait disparaître mon bouffon fantôme pendant quelques heures, j'étais partant. J'ai inspiré profondément. La fumée avait un effet à la fois répugnant et étrangement apaisant.

Falarel, cesse de chanter !
Ils veulent mes os.

Je me suis réveillé seul dans la tente du Tisseur. Je ne m'étais pas senti aussi détendu et insouciant depuis des semaines. Mais quand l'effet de la drogue s'est dissipé et que les longues ombres du crépuscule ont recouvert la clairière, mon moral est retombé. Une douleur familière est revenue quand les flammouches se sont allumées dans leur bocaux. En ouvrant ma chemise, j'ai vu la marque sur ma poitrine se mettre à remuer, comme si des vers grouillaient sous les cicatrices. L'un des trophées du Tisseur, une sorte de crâne, accroché à un poteau, s'est mis à claquer du bec. J'ai eu l'impression que la tente tournait et se refermait sur moi. Et soudain, tout est devenu noir.

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Ma dernière peinture de la forêt. J'espérais me réconforter en la peignant, mais il n'en fut rien.

Fatigué. Seul dans la forêt en pleine nuit. J'avais dû marcher dans mon sommeil pendant un bon moment. Les rayons de Masser et Secunda traversait la ramure des arbres. J'étais entouré de racines tordues et de formes indistinctes, si rapides qu'elles disparaissaient avant que je puisse les suivre du regard. Il y avait une brume en moi, comme si j'étais très loin.

D'étranges cliquetis et le bourdonnement des insectes. Les froissements assourdis d'animaux de la forêt. Ces bruits ne me perturbent plus. De terribles visions envahissent mon esprit et je dois me retenir de hurler. J'ai l'étrange impression d'avoir suivi quelqu'un. Je ne veux pas savoir de qui il s'agit. Pour me changer les idées, je me suis assis et j'ai peint la jungle de minuit.

DIEU DU COMPLOTDIEU DU COMPLOT
Les joues roses d'Honoria Lucasta
Arkay, je me prosterne devant toi
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Ces créatures se nomment "Daedroth". J'ignore comment je le sais.

La main avec laquelle je peins semble moins arthritique et presque ensorcelée. Après avoir terminé l'illustration de la jungle nocturne, j'ai tourné la page et commencé une nouvelle peinture, couvrant le parchemin des nuances bleues et grises comme si j'étais possédé. Un paysage différent s'est matérialisé progressivement sous mes coups de crayon et de pinceau. Mais comment puis-je connaître cet endroit ?

Il s'agissait du monde froid et mort que j'avais vu dans mes cauchemars et que j'avais tenté d'oublier en buvant. La terre gelée et craquelée, les silhouettes noires tapies juste en dessous de la surface. Étais-je condamné à errer dans ce monde perdu ? Non, j'étais toujours à Val-Boisé. Je me suis resservi en jagga et en sangrelle pour ne plus penser à ces horreurs.

Elles sont revenues d'un coup. D'énormes brutes daedriques à l'aspect reptilien me chassaient dans ce paysage. Je n'ai pas pu m'empêcher de les dessiner elles aussi

Des pétales noirs tombent
La rose noire fleurit.

D'étranges personnages au visage animal ou coiffé de têtes d'animaux sortent de l'ombre et me regardent travailler. Ils m'observent attentivement et marmonnent entre eux en hochant la tête de temps en temps. Parfois, je vois les crânes d'oiseaux ornant leurs armures se tourner vers moi pour me regarder avec leurs orbites vides. Sont-ils vraiment réels ?

Crânes, crânes, crânes, crânes
Tourment, haine déchaînée, la guerre arrive promptement.

Quand le sommeil et est enfin venu, j'ai rêvé de ma patrie. Mais contrairement à la province paisible que j'avais quittée il y a plusieurs mois, Cyrodiil était maintenant en détresse, déchirée par la guerre. Le mur d'enceinte du château de Bravil était bombardé par les machines de siège d'une armée d'envahisseurs. Les appartements du conseiller Lucasta ont été réduits en miettes et les fantassins ennemis ont déferlé dans la cour du château, massacrant gardes et innocents sans discernement. Ma maison était en feu. J'ai vu mon frère, l'épée à la main, tituber dans la fumée et les braises, tirant un corps calciné. Puis il est retourné dans les flammes. Non, mon frère ! Sauve-toi !

Réveille-toi, imbécile.

Un visage maléfique gravé dans une pierre noire me regarde d'un œil méchant, exprimant son approbation par une grimace.

Nous nous rendons à Havreglace.
BRUTALITEBRUTALITE
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Cyrodiil, ma patrie... en proie aux flammes

Mes cauchemars envahissent Tamriel, inondant mon monde d'effroyables ténèbres. Je dois être en train de dormir, de telles horreurs ne peuvent exister sur Nirn. Et pourtant, je suis bien ici et je peins cette scène comme si elle était réelle pour la montrer à tous. J'ai eu une terrible vision de Val-Boisé en cendres. Des cadavres d'Elfes des bois brûlent près de leurs maisons ravagées. Les chênes-grahts millénaires ne sont plus que des amas d'écorces fumantes. Tous ont souffert.

Des individus portant des capes noires et des casques rouges… S'agit-il d'adeptes du Ver patrouillant ces terres de cendres ? Une silhouette en robe observe la situation ; j'aperçois un ver qui se tortille sur son bâton. Puis il s'en va à grands pas en foulant les braises du monde. Mannimarco ?

Réveille-toi ! Réveille-toi !

Le visage maléfique se fend d'un rictus diabolique.

Le visage obsédant
Le destin des misérables
Presque plus d'encre
L'érudit somnambule

Suis-je éveillé ?

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Gil-Var-Delle : je suis condamné à vivre dans la ville consumée par Molag Bal

Je suis de nouveau conscient de mon somnambulisme. Je me trouve à présent dans le monde de cauchemar que je m'étais efforcé de confiner entre les murs de mon sommeil. Un village bosmer a été profané et détruit. Il est maintenant décoré de peaux, d'os et d'autres symboles des adorateurs de Deadra et des nécromanciens. Pour la première fois, je sens aussi l'odeur du bois et de la chair en feu. Je suis obligé de me couvrir la bouche avec un morceau de tissu pour calmer mes haut-le-cœur. Pour couronner le tout, ce maudit fantôme revient me railler.

« Bonne nouvelle, Maître. J'ai mis le feu aux forêts et brûlé tous vos ennemis de Val-Boisé. »

« Mais Falarel, » ai-je réussi à répondre, « je n'ai pas d'ennemis à Val-Boisé. »

« Maintenant, si ! »

La chair sous ma marque s'est mise à remuer. Je l'ai agrippée fermement, de crainte qu'elle ne s'ouvre brutalement.

« Bienvenue, Flaccus Terentius, » a dit Falarel de la voie de Mannimarco. « Bienvenue à Gil-Var-Delle. »

Le roi des Vers vient me chercher
FEU DE PIERREFEU DE PIERRE