Armures d'ossements 1

De La Grande Bibliotheque de Tamriel
Révision datée du 26 novembre 2020 à 16:22 par Svartalfar (discussion | contributions) (correction d'une erreur dans la vf)
(diff) ← Version précédente | Voir la version actuelle (diff) | Version suivante → (diff)
Aller à : navigation, rechercher
Magnify-clip.png Pour ce texte, des commentaires apparaissent au passage du curseur sur les parties de texte soulignées.
Média d'origine : TES 3 : Morrowind
Commentaire : première partie. La version française de ce livre contient quelques erreurs par rapport à la version originale

Par Tavi Dromio


" Il me semble que les grandes idées sont toujours le fruit du hasard, fit Gâraz en contemplant pensivement le fond de sa chope. Regardez l'histoire que je vous ai racontée hier soir, au sujet de mon cousin. S'il n'était pas tombé de cheval, il ne serait jamais devenu l'un des plus grands alchimistes de l'empire. "

La soirée était fort avancée au Lièvre du Roi et, comme tous les "mercredis" dans la version françaiseMiddas, les habitués en venaient à discuter philosophie.

" Je ne suis pas d'accord, répondit fermement Xiomara. Les grandes idées et inventions naissent bien souvent de la réflexion et du travail. Si tu te souviens de mon histoire du mois dernier, la jeune héroïne, qui existe réellement, je peux te l'assurer, n'a reconnu l'homme qu'elle aimait qu'après avoir couché avec tous ceux de Pointenord ou presque.

- Et moi, je dis que vous avez tous les deux tort, intervint Hallgerd en se versant une nouvelle chope. Les plus grandes inventions découlent d'un grand besoin. Dois-je vous rappeler l'histoire que je vous ai racontée il y a bien longtemps, celle de la fabrication des premières armures d'ossements par Arslic Oän ?

- Le problème de ta théorie, c'est que ton exemple est on ne peut plus fictif, lui rappela Xiomara.

- Il ne me semble pas me souvenir de ton Arslic Oän et de tes armures d'ossements, fit Gâraz en fronçant les sourcils. Tu es bien sûr de nous en avoir parlé ?

- Cela s'est produit il y a fort longtemps, alors que la région du mont Ecarlate et de Vvardenfell était belle et verdoyante. A cette époque, Dunmers, Dwemers et Nordiques vivaient en paix, commença Hallgerd en s'installant plus confortablement sur sa chaise. Le soleil et les lunes flottaient ensemble dans le ciel...

- Par le Seigneur, la Mère et le Mage ! se plaignit Xiomara. Si je dois encore entendre ton histoire ridicule, fais-moi au moins le plaisir de ne pas l'embellir plus que nécessaire ! "

Ceci s'est passé à Vvardenfell il y a bien longtemps, poursuivit Hallgerd en ignorant l'interruption, sous le règne d'un monarque dont vous n'avez jamais entendu parler. Arslic Oän était l'un des nobles de la cour, connu pour son caractère particulièrement désagréable. Mais il avait tout de même prêté serment d'allégeance à la couronne, aussi le roi se sentit-il obligé de lui offrir des terres et le droit d'y construire un château. Toutefois, comme il ne le voulait surtout pas comme voisin, il lui céda des terres loin de toute région civilisée. Arslic Oän y fit bâtir une petite place forte et s'y installa avec ses esclaves pour y mener une vie tranquille et dénuée d'intérêt.

Mais les murailles de son petit château durent bien vite faire la preuve de leur solidité. En effet, une tribu de Nordiques cannibales vivait dans cette vallée depuis longtemps et, quand ils en avaient assez de s'entre-dévorer, il leur arrivait de se tourner vers ce qu'ils appelaient " la viande grise ", autrement dit, les Dunmers.

" Merveilleux ! s'exclama Xiomara en éclatant de rire. Je ne me souvenais pas de ce détail. C'est plutôt drôle qu'on ne parle plus du cannibalisme des Nordiques de nos jours, non ? "

Comme je l'ai dit, notre histoire s'est déroulée il y a bien longtemps et les choses étaient fort différentes de ce qu'elles sont aujourd'hui, persista Hallgerd en lui jetant un regard noir. Ces Nordiques cannibales commencèrent par attaquer les esclaves d'Arslic Oän, mais ils finirent vite par s'enhardir et faire le siège du château. Comme vous vous en doutez, ils étaient particulièrement terrifiants : les yeux exorbités et les dents taillées en pointe pour mieux déchirer les chairs de leurs victimes, ils se battaient à l'aide d'énormes gourdins, sans porter d'autres vêtements que la peau de leurs ennemis vaincus.

Arslic Oän partit du principe que ces barbares finiraient par s'en aller s'il les ignorait suffisamment longtemps.

Malheureusement, la première décision des Nordiques fut d'empoisonner le ruisseau approvisionnant le château en eau potable. Toutes les têtes de bétail et la plupart des esclaves périrent avant que l'on ne s'en aperçoive. Inutile d'attendre des secours, au moins pour plusieurs mois, au bout desquels les émissaires du roi viendraient peut-être rendre visite à ce vassal qu'ils n'appréciaient guère. La source la plus proche se trouvait de l'autre côté de la colline et Arslic Oän chargea trois esclaves d'aller en chercher dans des jarres.

Les malheureux furent massacrés et dévorés à peine sortis de la place forte. Les suivants avaient reçu des bâtons pour se défendre. Ils allèrent un peu plus loin, mais le résultat final fut le même. Il apparut clairement qu'il fallait trouver le moyen de protéger les porteurs d'eaux. Arslic Oän évoqua la situation avec son armurier, l'un de ses rares esclaves à avoir une spécialité.

" Les esclaves ont besoin d'armures pour pouvoir se rendre à la source sans se faire tuer, dit-il. Rassemble tout le métal que tu pourras trouver, couteaux, bagues, coupes, gonds de portes, bref, tout ce qui n'est pas nécessaire à la défense du château. Fais-moi fondre tout ça et fabrique-moi les meilleures armures que tu pourras, le plus vite possible ! "

L'armurier, qui se nommait Gorklith, était habitué aux exigences de son maître. Il savait donc qu'il était inutile de demander un délai. Il trima trente heures durant, sans la moindre pause, et surtout sans une goutte d'eau à boire alors qu'il se tenait en permanence à côté de la forge. Quand il eut fini, il présenta à Arslic Oän six armures faites de bouts de métal disparates.

Six esclaves furent désignés, équipés et envoyés en quête d'eau. Au début, tout se passa bien. Les Nordiques les attaquèrent bel et bien, mais les armures résistaient aux coups de gourdin. Cependant, au fil des minutes, on vit qu'ils avaient du mal à poursuivre leur chemin, étourdis qu'ils étaient par l'incessante succession de coups. Et ce qui devait arriver arriva : un par un, ils s'effondrèrent et les Nordiques leur arrachèrent leur armure avant de les manger.

" Tes armures étaient trop lourdes pour que les esclaves se déplacent rapidement, dit Arslic Oän à Gorklith. Rassemble toutes les carcasses des bêtes empoisonnées, fais-les dépecer et fabrique-moi les meilleures armures de cuir qui soient sans perdre de temps. "

Gorklith fit ce que l'on attendait de lui, et ce, bien que l'état de décomposition des têtes de bétail rendît sa tâche particulièrement répugnante. Normalement, il faut prendre le temps de traiter le cuir, du moins à ce que j'en sais, mais Gorklith ne pouvait pas se le permettre. Travaillant une fois encore sans s'arrêter, il produisit douze armures de cuir en une demi-journée.

Douze nouveaux esclaves furent choisis et chargés d'aller chercher de l'eau. Ils avancèrent beaucoup plus rapidement que les précédents. Deux d'entre eux périrent très vite, mais les autres bénéficiaient d'une assez grande liberté de mouvement pour éviter certains coups, tandis que leur armure en arrêtait d'autres. Plusieurs arrivèrent jusqu'à la source, trois purent remplir leurs jarres, et l'un d'eux réussit presque à revenir au château. Hélas, lui aussi fut finalement tué et dévoré, car ces Nordiques étaient dotés d'un appétit phénoménal.

" Tant qu'il me reste encore quelques esclaves, nous avons besoin d'une armure plus solide que le cuir et plus légère que le métal ", fit pensivement Arslic Oän.

Gorklith était déjà arrivé à la même conclusion. Il avait pensé travailler le bois ou la pierre, mais détruire le château de l'intérieur ne semblait pas être une bonne idée. Si l'on ôtait ces matériaux, que restait-il ? Des carcasses dépecées et plusieurs tonnes de muscles, de graisse, de sang et d'os. Pris d'inspiration, il se remit à l'ouvrage et, six heures plus tard, il présenta à son maître dix-huit armures d'ossements, les toutes premières à voir le jour. Arslic Oän se montra pour le moins sceptique à la vue de ces armures immondes et à l'odeur atroce, mais il avait soif et il pouvait encore se permettre de sacrifier dix-huit esclaves si nécessaire.

" Puis-je suggérer que les esclaves choisis s'entraînent à se déplacer en armure dans la cour avant d'aller affronter les Nordiques ? " demanda Gorklith d'une voix hésitante.

Arslic Oän donna son accord à contrecoeur et plusieurs heures durant, les esclaves parcoururent la cour en tous sens vêtus de leur armure d'ossements. Cela leur permit de s'adapter à la répartition du poids et à la liberté que leur laissaient les articulations, mais aussi de découvrir comment placer les pieds pour conserver l'équilibre, comment se mettre à courir et s'arrêter en un instant, comment, enfin, éviter les coups. Quand ils sortirent du château, leur armure n'avait plus de secrets pour eux.

Dix-sept furent tués et dévorés, mais le dernier parvint à revenir avec une jarre d'eau.

" Cette histoire est proprement ridicule, trancha Xiomara. Mais elle confirme tout de même ce que je disais, à savoir que l'armurier a dû travailler dur pour créer ses armures d'ossements.

- Personnellement, je pense que le hasard y est également pour beaucoup, ajouta Gâraz. Mais ton histoire est vraiment affligeante. Tu aurais mieux fait de ne pas la raconter.

- Si tu trouves ça affligeant, attends d'avoir entendu la suite ", rétorqua Hallgerd avec un large sourire.