L'île des contrebandiers

De La Grande Bibliotheque de Tamriel
Aller à : navigation, rechercher
Média d'origine : TES : Morrowind

Par Quarde Anarion


Harithoël eut besoin d'à peine une heure pour fouiller l'île de fond en comble. Cela fait, il retourna voir Erer, qui se trouvait toujours là où il l'avait laissé, à moitié enfoui dans le sable pour éviter que ses os brisés ne bougent. L'une des caisses de sable de lune était ouverte à côté de lui.

" Tu as touché à la marchandise, n'est-ce pas ? l'accusa méchamment Harithoël.

- Ça atténue la douleur, se défendit Erer. Où on est ?

- Nous n'avons pas atteint le continent et je n'en vois même pas la côte, répondit Harithoël. Et le pire, c'est que je n'ai rien trouvé de comestible, juste quelques mauvaises herbes et une poignée d'arbres faméliques.

- Pas d'autres survivants ?

- Non, on dirait qu'il n'y a que nous. Ce qui n'a pas que des inconvénients, remarque : au moins, si nous sommes secourus un jour, nous pourrons nous partager le butin à deux plutôt qu'à douze.

- Autrement dit, on va finir soit riches, soit morts, persifla Erer. Quel réconfort ! "

Bien que son compagnon soit trop affaibli pour l'aider, Harithoël parvint à construire un abri sommaire en tissant les mauvaises herbes entre elles. A la nuit tombée, les deux hommes reparlèrent de leur opération de contrebande qui avait mal tourné. Chargé de cinq caisses de sucre de lune, leur bateau était censé rejoindre le Chariot des sables au large du Val-Boisé, près de Hla-Oad. Mais qui aurait pu prévoir une telle tempête ? Et surtout, qui aurait pu penser que tout le reste de l'équipage périrait noyé, y compris le capitaine et ce mystérieux individu entretenant des liens avec l'une des Maisons royales ? Les deux compagnons finirent par décider qu'ils avaient été victimes d'un caprice de Boéthia ou d'un autre Daedra au sens de l'humour particulièrement cruel.

Leur priorité la plus urgente consistait à trouver de l'eau potable mais leurs recherches s'avérèrent vite vaines. Harithoël creusa profondément en divers endroits, mais le sol de l'île ne recelait rien d'autre que de la roche et du sable. Erer se mit à paniquer jusqu'à ce qu'il aperçoive les petits poissons dorés nageant à vive allure à l'extrémité de l'île. Il avait lu quelque part que la chair des poissons, en plus d'être nourrissante, contenait toujours un peu d'eau potable. Harithoël et lui seraient sauvés s'il arrivait à en attraper. Mais ses jambes cassées faisait de lui un bien piètre prédateur et il en fut vite réduit à jeter des pierres aux poissons, qui n'avaient aucun mal à les esquiver.

Harithoël le regarder s'échiner un long moment avant de se mettre à l'oeuvre. Son petit couteau lui permit de tailler une branche droite pour se confectionner une lance. Ainsi équipé, il tenta encore et encore d'empaler un poisson sur son arme de fortune, mais sans plus de succès qu'Erer.

" Tu ne sais pas te servir d'une lance ? se nargua Erer.

- Ce n'est pas mon arme de prédilection ", répondit calmement Harithoël avant de pousser un juron en constatant qu'il venait encore une fois de rater sa cible.

Erer éclata de rire.

" Tu veux une pierre ? fit-il, narquois, mais Harithoël préféra l'ignorer.

- Le truc consiste à anticiper les mouvements des poissons et à viser là où ils vont se rendre plutôt que là où ils se trouvent, murmura-t-il. Il faut juste que je les regarde faire encore un peu, c'est tout. Mais pourquoi ces saletés ne peuvent-elles pas se déplacer en ligne droite ? "

Après une bonne heure d'efforts, il parvint enfin, par chance, à attraper un poisson. Les deux compagnons le déchiquetèrent et le mangèrent cru. Au fil des jours puis des semaines, Harithoël s'améliora sans cesse, jusqu'à ce qu'il devienne capable de frapper avec une grande précision. Désormais, il pouvait même attraper les poissons de loin, en jetant sa lance sur eux. Erer était chargé de faire du feu mais, en raison de ses jambes, il ne pouvait aider Harithoël à trouver de la nourriture.

Près de deux mois après leur arrivée sur l'île, ils aperçurent un bateau à l'horizon. Ils firent aussitôt un grand feu et le navire infléchit sa trajectoire. Alors qu'il approchait, les deux compagnons constatèrent qu'il s'agissait du Chariot des sables, avec lequel ils avaient rendez-vous la nuit de la tempête. Les contrebandiers leur payeraient un bon prix leur cargaison de sucre de lune. Fort heureusement, Erer n'en avait consommé qu'une infime partie et il leur restait encore presque cinq caisses entières. Non seulement ils étaient sauvés, mais ils allaient être riches, comme Harithoël l'avait dit.

Tout excité, ce dernier voulut aider Erer à se lever, mais son comparse se mit debout sans assistance.

" Tu marches ! s'exclama Harithoël en partant d'un grand éclat de rire. C'est un miracle !

- Oui, mais j'ai du mal à me tenir debout, répondit Erer. Tu veux bien te charger de réunir les caisses ? "

Fou de joie à l'idée que leur délivrance approchait, Harithoël empila les caisses les unes sur les autres.

" Tu aurais dû me dire plus tôt que tu étais capable de marcher, vieux. Ton aide n'aurait pas été superflue pour attraper ces poissons.

- Mais je t'ai observé, fit Erer. Tu serais étonné de savoir tout ce qu'on peut apprendre rien qu'en regardant. N'oublie pas la cinquième, près des arbres. "

Erer se rapprocha lentement de la plage et constata que le navire serait arrivé d'ici quelques minutes.

" Et j'écoute, poursuivit-il en revenant vers Harithoël. Quand tu m'as fait remarquer que nous allions nous partager le butin à deux plutôt qu'à douze, ça n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Et je me suis dit que ne pas partager, c'était encore mieux. "

Il sortit la lance du crâne d'Harithoël. Tout c'était parfaitement déroulé, l'arme étant tombée d'entre les branches, pointe en avant, dès que la caisse avait bougé. Comme prévu.

" Tu avais raison, tu vois, conclut-il. Il suffit de viser là où l'on sait que la cible va se trouver. "

Erer poussa la dernière caisse jusqu'à la plage et fit de grands signes au bateau.